Qu’est-ce qu’un soin de confort à domicile en soins palliatifs ?
Un soin de confort, aussi appelé approche complémentaire ou soin de support, est une intervention non médicamenteuse proposée en complément des traitements. Il ne soigne pas la maladie : il agit sur ce que la maladie abîme au quotidien, sur la douleur, l’anxiété, sur l’image de soi, le lien aux autres.
À domicile, ces séances sont réalisées par des professionnels qui interviennent au sein d’un dispositif coordonné avec l’équipe soignante. Les approches les plus fréquemment proposées dans nos projets sont les suivantes :
– la socio-esthétique, qui restaure l’image de soi et le rapport au corps par des soins esthétiques adaptés à la maladie ;
– le toucher-massage, un toucher relationnel doux qui apaise les tensions et rétablit un contact non douloureux ;
– la sophrologie, qui travaille la respiration et la détente pour réduire l’anxiété ;
– la musicothérapie ou l’art-thérapie qui permettent d’exprimer des émotions sans mots et d’ajouter un supplément d’âme.
Ces séances s’adressent au patient, mais aussi à son proche aidant. C’est ce qui distingue le dispositif d’HELEBOR de la plupart des projets de soins de confort centrés sur le seul patient
10 ans, 9 projets, 4 915 personnes accompagnées
L’histoire est simple. De 2 projets pilotes menés de 2016 à 2018 dans le Valenciennois et dans le Gers, qui ont bénéficié à 203 personnes, HELEBOR est passé à 9 projets et 4 915 bénéficiaires, dont 3 980 patients et 935 proches aidants. 28 structures se sont mobilisées : 8 réseaux de soins palliatifs, 16 dispositifs d’appui à la coordination en santé (DAC), 1 équipe mobile de soins palliatifs, 3 services d’hospitalisation à domicile.
Le point d’orgue est un projet régional déployé avec les 13 DAC d’Occitanie (2023 à 2027) déployé également en Normandie avec 3 DAC (2024-2027) : 1 987 bénéficiaires et 6 221 séances réalisées au 31 décembre 2025.
Ce changement d’échelle repose sur deux facteurs. D’une part une méthode éprouvée, appliquée de façon quasi identique à chaque nouveau territoire tout en tenant compte de ses spécificités : ingénierie de projet, recherche de partenaires financiers, appui à la mise en œuvre sur le terrain, acculturation des équipes aux approaches complémentaires (indications et contre-indications) suivi, évaluation, essaimage. D’autre part la volonté des acteurs de terrain de travailler avec nous et de bénéficier de notre expertise.
Au fil de ces 10 ans, une exigence s’est imposée : passer du « ça fait du bien » à une réponse cohérente à une situation donnée, adaptée aux besoins réels des patients et de leurs proches.

HELEBOR.
Socio-esthétique, toucher-massage, sophrologie : les trois approches les plus demandées
La répartition des 6 221 séances réalisées en Occitanie au 31 décembre 2025 fait apparaître 3 approches majoritaires qui totalisent 68 % des séances, suivies de loin par diverses approches :
- socio-esthétique (28,2 % des séances) ;
- toucher-massage (20,7 %) ;
- sophrologie (19,5 %) ;
- psychologie (8,8 %) ;
- réflexologie (6,0 %) ;
- hypnose (2,7 %) ;
- musicothérapie (1,7 %) ;
- socio-coiffure (1,6 %) ;
diététique et art-thérapie (1,3 % chacune) ; - ergothérapie (0,6 %) ;
- activité physique adaptée et EMDR (0,5 % chacune) ;
- psychomotricité (0,1 %).

Source : HELEBOR.
Une adéquation aux besoins ou une présence inégale des intervenants ?
Cette concentration nous oblige à revenir sur notre objectif : apporter une réponse cohérente à une situation donnée. Une répartition aussi resserrée signifie-t-elle une réelle adéquation aux besoins majoritaires des patients en soins palliatifs et de leurs proches aidants ? Ou traduit-elle une présence inégale des professionnels en approches complémentaires selon les territoires ?
Nous n’avons pas encore de réponse tranchée. La question se pose moins sur nos autres projets, qui proposent de deux à quatre approches et où chaque discipline représente un nombre de séances à peu près équivalent. Elle reste ouverte sur un déploiement régional de cette ampleur, et elle oriente nos travaux d’évaluation à venir.
Quels effets pour les patients?
La mesure d’impact social conduite en 2024 et 2025 auprès des 13 DAC d’Occitanie et des 3 DC de Normandie a recueilli 539 réponses, dont celles de 371 patients et de 167 proches aidants, complétées par 8 entretiens qualitatifs. Elle porte sur trois dimensions.
- Soulagement physique : 84 % des patients déclarent un effet ressenti.
- Apaisement psychologique : 91 %.
- Recréation du lien social : 96 %.
Ces taux sont élevés et convergent avec les retours des professionnels sur les autres projets. Ils portent sur un échantillon quantitatif restreint, ce qui invite à les lire comme un faisceau d’indices solide plutôt que comme une démonstration définitive.

patients, 167 aidants), avril 2024 à décembre 2025.
Quels effets pour les proches aidants ?
Les 167 aidants ayant répondu déclarent des bénéfices perçus légèrement supérieurs à ceux des patients sur les trois dimensions mesurées : 87 % contre 84 % pour le soulagement physique (qui est probablement le leur propre plutôt que celui du patient,) 93 % contre 91 % pour l’apaisement psychologique, 98 % contre 96 % pour le lien social. Les données et les témoignages recueillis font ressortir trois bénéfices distincts.
Offrir un temps de répit dans un quotidien saturé
Les aidants décrivent les séances comme une « bouffée d’oxygène » dans un quotidien occupé par la charge de soins, la gestion des traitements et la coordination avec les équipes soignantes. Le répit n’est pas ici un séjour ni un relais de plusieurs jours : c’est une parenthèse régulière, à domicile, pendant laquelle l’aidant redevient une personne à part entière.
Prévenir l’épuisement des aidants
Les équipes de terrain soulignent que le soutien apporté aux aidants permet des maintiens à domicile de meilleure qualité et prévient leur épuisement. La mesure d’impact social identifie explicitement la prévention de l’épuisement comme un effet observé du dispositif.
L’enjeu est concret : un aidant qui s’effondre, c’est bien souvent un maintien à domicile qui s’interrompt.
Alléger la culpabilité et accompagner le deuil
Plusieurs aidants ayant perdu leur proche rapportent que l’intervention d’un professionnel dédié au bien-être de la personne malade les a aidés à se sentir moins seuls dans l’accompagnement, et a limité le sentiment de ne pas en avoir « fait assez ». La mesure d’impact social identifie également la facilitation du processus de deuil parmi les effets observés.
Ce que ces résultats ne disent pas encore
Par honnêteté méthodologique, trois limites méritent d’être posées. L’échantillon quantitatif reste restreint au regard du nombre total de bénéficiaires. Les réponses sont déclaratives et recueillies auprès de personnes ayant accepté le dispositif, ce qui introduit un biais favorable. Enfin, la mesure ne comporte pas de groupe témoin, ce qui interdit d’attribuer aux seules séances l’intégralité des effets rapportés.
Ces limites ne retirent rien à la convergence des résultats. Elles précisent ce que nous pouvons affirmer aujourd’hui : les soins de confort à domicile sont perçus comme utiles par une très large majorité de patients et d’aidants, sur trois dimensions distinctes et de façon stable d’un territoire à l’autre.
Dix ans après, une conviction devenue démontrable
En 2016, proposer un soin de confort à une personne en fin de vie relevait encore de l’intuition. En 2026, nous disposons de 9 projets, de 4 915 bénéficiaires et d’une mesure d’impact social qui documente des effets sur le soulagement physique, l’apaisement psychologique et le lien social, pour les patients comme pour ceux qui les accompagnent. Il reste à comprendre pourquoi trois approches concentrent l’essentiel des séances. C’est le travail des prochaines années.







